Propagation | Fabienne Cinquin
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Fabienne Cinquin

illustratrice passionnée, nous avons eu la chance de passer un moment en sa compagnie, nous vous laissons le plaisir de découvrir de quoi nous avons parlé !

une brève présentation ?

Je m’appelle Fabienne Cinquin, je suis illustratrice. Si je devais trouver des «mots clés» à mon propos je dirais : rêveuse, travailleuse, pénible, timide, et sauvage!

«S’il y a un jour où je ne suis pas allée à l’atelier j’ai l’impression que c’est comme le jardinier qui n’est pas allée arroser les poireaux, c’est pas normal!»

 

c’était quoi votre rêve de gosse ?

Toute petite c’était chanteuse. Malheureusement avec ma timidité, en public c’était compliqué, mais sinon je m’imaginais bien rock star !

J’aurais bien aimé jouer d’un instrument, plus particulièrement de l’accordéon, c’est mon regret !

 L’envie d’être artiste, c’est arrivé quand? ça a été accepté comment ?

Le mot «artiste» je ne me le colle pas, j’ai une grande fascination pour des artistes mais je ne me considère pas comme telle, ce terme me met très mal à l’aise quand il m’est associé.
Je viens d’une famille d’artistes, ou en tout cas de professeurs d’art, alors ma vocation n’a pas posé question. Mon père était peintre cartonnier, et ma mère professeure de couleurs.

Vous nous parlez un peu de votre parcours ?

« C’est pas une autoroute. S’il fallait le dessiner ce serait une suite de zigzags, de fils emmêlés. »

Ahah. J’ai eu la chance au lycée d’avoir des filières artistiques, ça m’a donné l’envie d’aller à l’école grâce aux cours d’histoire de l’art et d’arts plastiques.
Ensuite j’aurais dû aller aux Beaux Arts, c’était le chemin tout tracé mais j’étais très complexée par ces histoires de dessins, de talent, je me suis donc planquée à la fac de lettres. Les cours de littérature comparée et de sémiologie m’ont beaucoup ouvert l’esprit, mais j’avais toujours cette envie de dessiner. J’allais aux cours du soir des Beaux Arts et voilà, chemin faisant, j’ai fini par me décider à aller aux Beaux Arts de Lyon, chevillée par le métier d’illustratrice.

Comment êtes vous arrivée à l’enseignement ?

Avec l’âge ça fait bien de dire que j’aime partager et communiquer ma passion avec des jeunes, mais dans un premier temps c’était surtout par souci économique. Il est très difficile de vivre de ses droits d’auteur, surtout sortie de l’école, comme tout le monde le sait c’est un métier où on apprend tous les jours. Le vrai métier commence après l’école et il fallait bien que je gagne ma vie. Notre diplôme nous permet de donner des cours, je suis donc rentrée dans l’éducation nationale, un peu par hasard.

« Je ne regrette pas du tout. »

est-ce une passion ?

Il ne faut pas exagérer! C’est un plaisir de partager ce que j’aime, une passion non, je pourrais m’en passer contrairement au dessin!

quels sont Les points que vous voulez vraiment communiquer à vos étudiants ?

Justement, ce métier. Mon enthousiasme pour l’art, qui est selon moi une raison de vivre.

Comment vous avez su que vous feriez de l’illustration en particulier ?

Avec des chocs ou des surprises, mon premier souvenir c’est la bande dessinée Tom Tom et Nana, je devais avoir 8-10 ans. C’était un plaisir sans nom, et j’avais demandé à ma mère «mais c’est qui Bernadette Desprès», elle m’a répondu que c’était l’illustratrice. C’est à ce moment là que ce mot s’est collé dans mon cerveau. Plus tard, au lycée, j’ai eu un autre choc avec les affichistes polonais, André François, Cabu, Reïser, ce génie de dire autant de choses en quelques traits.   Que ce soit dans l’humour, dans l’humour noir. Ce sont ces émotions qui m’ont fait comprendre que j’avais envie de faire ça.

pourquoi l’illustration pour enfants ?

Alors au début j’avais l’idée de l’illustration pour enfants, mais la vie m’a amené des rencontres, dont celle avec L’atelier du poisson soluble, à qui j’ai proposé des travaux. Je me souviens qu’à la sortie de l’école, je les ai contacté en me présentant en tant qu’illustratrice pour enfants, et ils m’ont répondu « qu’ils faisaient des livres tout court. »

« Effectivement ce que je fais c’est souvent au rayon jeunesse, mais je me défends de ne faire des livres que pour enfants. »

 

Quelles sont vos plus grandes influences ?

On y est jusqu’à la saint glinglin ! C’ est nourri continuellement, la création artistique est vivante. Avec ce métier, la curiosité n’est jamais tarie, tous les jours on découvre et on est excités, en éveil, d’où aussi l’enseignement qui permet d’être à l’affût pour transmettre.

« J’ai l’impression d’être une éponge. »

Alors bien sûr j’ai quelques noms qui me suivent tels que«petits dieux bienveillants» comme par exemple : Reïser, Goya, qui sont des maîtres absolus, mais il y en a tellement ! Alors si on sort des arts graphiques et qu’on parle de la musique, du théâtre, des copains… Je me nourris de tout !

si vous deviez parler un peu des rencontres marquantes au fil de votre carrière ?

Tous les artistes que je cite. Ou quelqu’un que j’avais rencontré étudiante au salon du livre jeunesse de Montreuil qui m’avait dit un truc super important, c’était l’époque des grands complexes (que j’ai toujours), c’était donc Roberto Innocenti, grand illustrateur italien, à qui j’ai présenté une maquette de Pinocchio que j’avais illustré. Il avait lui même fait un ouvrage magnifique sur ce conte. J’étais toute rouge, tremblante et ce monsieur m’a dit : effectivement tu ne dessines pas très bien, tu n’as rien compris à la perspective, l’anatomie n’en parlons pas, ( moi pendant ce temps je me liquéfiais ), mais il a fini par me dire :

« Mais tu sais c’est pas grave, on s’en fiche de tout ça, le plus important c’est ce que toi tu veux dire, et tu verras qu’un jour tes défauts deviendront des qualités. »

Avec le temps, je comprends que je dois faire ce que j’ai à faire, et être moi même avec mes défauts et mes manques.

votre processus de création ressemble à quoi?

Beaucoup de croquis, je suis assez laborieuse. Sur un visuel je vais toujours faire dix propositions, ça me prend beaucoup de temps, moi ce que j’adore c’est ce temps de recherche, ce truc de laboratoire. Après, une fois qu’on a l’idée, on exécute. J’essaie de renouveler mes techniques, j’ai cette chance de travailler avec L’atelier du poisson soluble qui me demande de ne pas m’enfermer dans mon petit confort, c’est super !

avez vous d’autres pratiques artistiques ?

Je suis un peu monomaniaque, j’aurais aimé jouer de la musique, mais je ne sais pas danser, je n’ai aucun sens du rythme. Non il n’y a vraiment que les images, je ne sais pas faire autre chose. Même en voyage je veux toujours dessiner, ou faire des photographies, mais pour les dessiner ensuite.

«J’ai toujours mon carnet sur moi avec un crayon, c’est un peu obsessionnel.»

selon vous, un artiste c’est quoi ?

Je ne suis pas artiste, mais ce serait être libre. Se sentir libre, même si on ne l’est pas …

« C’est aussi travailler tous les jours, comme une nécessité, une raison de vivre. »

 

pensez-vous que tout le monde peut développer une sensibilité à l’art?

Je ne suis pas une grande intello mais oui je pense que tout le monde a une certaine sensibilité à l’art et à la découverte, encore une fois c’est une de mes motivations pour aller à la rencontre des jeunes. L’art est à la source de l’humanité.
Soit on pratique l’art soit on l’aime, l’art sert à poser des questions, et le paradoxe c’est qu’on ne donne pas de réponse, on laisse au spectateur des pistes pour tenter de comprendre le monde dans lequel on vit, les émotions avec lesquelles on se débat au quotidien, etc.

à votre sens, quelles sont les qualités indispensables dans ce métier ?

Pour moi un bon illustrateur c’est celui qui ouvre le texte. Qui laisse au spectateur le soin d’interpréter, qui sert un texte sans l’emprisonner, en essayant de le valoriser et l’ouvrir au lecteur.

« Créer un tremplin pour les émotions du lecteur. »

 

être artiste de nos jours, vous voyez ça comment ?

C’est toujours difficile. On pourrait parler du statut des artistes plasticiens, des graphistes, qui ne sont pas les mêmes que les artistes intermittents, donc non c’est pas facile.

«Il ne faut surtout pas faire ce métier pour être à l’aise financièrement, mais par rapport à ce qu’on gagne en richesse humaine, ça n’a pas de prix !»

Parfois je me dis même que je paierais pour venir à l’atelier. Alors oui à mon sens ce n’est pas bien rémunéré, mais si c’est le prix à payer pour le plaisir que ça m’apporte, tant pis!

Je ne crois pas me tromper : c’est l’art qui fait la spécificité de l’Homme.

des artistes avec qui vous rêvez de collaborer ?

Ils sont tous morts !  Mais j’aimerais bien travailler pour la scène vivante. Bon ça peut paraître prétentieux mais c’est le domaine du rêve ! Decouflé, James Thierrée, ce sont des univers qui me plaisent beaucoup.

comment voyez-vous le futur ?

Je ferai ce métier jusqu’au bout! Je déteste le mot retraite ! J’aimerais bien faire des choses en grand, je suis assez jalouse des artistes du street-art, j’aimerais qu’on me donne un mur entier! Faire des décors pour la scène vivante me plairait aussi !






Profondément animée par la passion, fabienne cinquin n’a pas fini de nous gâter avec ses illustrations toujours plus originales, son style ravira nos yeux encore longtemps ! merci à elle pour ce moment que nous avons partagé !