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Janv.2018 > Les règles




© Frances Cannon

Tabou qui est malheureusement encore et toujours d’actualité en 2018 :
appelons un chat un chat, pas besoin de passer par des expressions imagées pour évoquer cette chose qui dégoûte à tort : on cause un peu des règles !

Petit rappel pour les moins informés, tout cette petite histoire se déroule à l’intérieur de l’utérus, dont les parois sont recouvertes d’une couche superficielle de muqueuses : l’endomètre. Il se renouvelle tous les 28 jours en moyenne,  la muqueuse détériorée s’évacue, ce qui donne : les règles !

Eh oui après tout quoi de plus naturel  que les menstruations… Mais ce phénomène sans lequel l’humanité ne serait pas soulève les cœurs et fait débat !
Les règles sont incommodantes, voire dans certains cas insoutenables. Maux de dos, des crampes abdominales, sans parler des montagnes russes émotionnelles qui les accompagnent parfois, et tout ce petit monde arrive chaque mois  jusqu’à la ménopause de toutes les femmes du monde !

Les recherches sur l’endométriose restent peu nombreuses, face à ça nombre de solutions existent pour «neutraliser les odeurs», ou pour être certaine de ne pas avoir de fuite… Le groupe SCA (détenteur de la marque Nana) révèle que 44% des femmes déclarent avoir une gêne pendant leurs règles, et 43% d’entre elles auraient honte d’acheter leurs protections hygiéniques…

Est-ce pratique pour justifier ce merveilleux liquide bleu qui remplace le rouge du sang dans les spots publicitaires? Je vous laisse avoir votre propre avis à ce sujet, mais parlons à présent de l’origine de ce tabou.

Au berceau du patriarcat, les saignements des femmes et leurs possibilités d’accoucher deviennent un signe de faiblesse,  et d’impureté.  Alors que le sang masculin est tout ce qu’il y a de plus noble, celui des femmes porte malheur.
De l’Antiquité au XVIIe siècle on reprend des textes expliquant la faiblesse des femmes, qui est particulièrement dûe à ces écoulements monstrueux. , qui est un vrai chat noir !
Sous entendant que les femmes sont «purifiées» chaque mois par leurs règles, on leur incombe évidemment une  notion «d’être impur» et inférieur.  Les écrits religieux contribuent à entretenir  ces idées fausses,  mais la science a aussi sa part de responsabilité, et bien sûr la publicité pour l’histoire plus récente. Ce tabou sert une cause toute choisie : le contrôle du corps des femmes !

Je suis obligée d’admettre que la société avance à ce sujet là, mais à tout petits pas. Par exemple l’une des dernières publicités de la marque Nana fait enfin apparaître la couleur  rouge, même si elle est effectivement  détournée en coulis sur un gâteau, en néon, ou encore en peinture nacrée, on  ne peut pas nier l’évolution «positive». (Ou du moins, c’est toujours ça de pris).
Alors en France nous allons vers un mieux, comment ça se passe ailleurs ?

© Tears of a Disappointed Uterus by Eirian Chapman (Source: Roz Campbell)

Voici les informations relayées par une vidéo postée par Konbini au sujet du sort des femmes durant leurs règles à travers le monde :

« Au Kenya, les femmes ne peuvent s’acheter de protections par manque de moyens et parce qu’elles sont beaucoup trop onéreuses, elles doivent donc user d’astuces pour les moins non-hygiéniques…  (morceaux de matelas, boue, journaux, etc). Au Japon, les femmes ne peuvent pas être chefs en gastronomie car je cite «les menstruations dérégleraient les papilles gustatives». Au Malawi, les règles doivent être secrètes, on leur apprend à se faire des protections avec des tissus usageés, mais tout ceci dans une grande discrétion. En Bolivie les femmes ne doivent pas jeter leurs protections dans une poubelle publique, sous peine d’être accusées de propager le cancer.  En Inde les femmes en période de menstruations ne peuvent pas cuisiner sous peine de contaminer la nourriture. En Afghanistan  se  doucher pendant ses règles rendrait stérile. Au Népal on pratique encore l’exil menstruel.
En France il est très compliqué pour les femmes SDF par  exemple de passer sereinement cette période du mois. En Iran 48% des femmes pensent que les menstruations sont une maladie.
»

Maintenant à vous de décider si vous vous insurgez ou si vous continuez à cacher votre tampon dans votre manche quand vous partez le changer dans les toilettes de votre bureau !

Les mouchoirs menstruels, une série de 700 mouchoirs, 10 x 8 x 3,5 cm, 1997-2005 © Laetitia Bourget

Finissons ici avec une citation de l’artiste Laetitia  Bourget :

« On passe tant d’énergie à effacer cette dimension [les règles] de notre vie, qu’il faut aller vraiment loin, pousser loin le clou pour que ça revienne. Et c’est là où ça peut être violent, par contraste. Entre l’effort qui est fait dans l’imagerie publicitaire, les conseils d’hygiène dans notre manière socialement d’être acceptable ou pas… il y a un tel effort d’effacement ! Alors quand on ramène cette information-là [le sang], visible, ça peut être brutal.»